Mise à jour le mardi 10 mars 2009 à 10 h 43
Dans un discours prononcé depuis Dharamsala à l'occasion du 50e anniversaire de la révolte tibétaine de 1959, le dalaï-lama a affirmé mardi que la Chine a transformé le Tibet en « enfer sur terre ». Le chef politique et spirituel des Tibétains, que Pékin considère comme un dangereux séparatiste, a réclamé une fois de plus une « autonomie légitime et significative » pour son peuple.
![]() |
|
Photo: AFP/Manan Vatsyayana Le dalaï-lama a parlé à ses partisans depuis son palais de Dharamsala. |
Les déclarations de l'homme de 73 ans surviennent au moment où des soldats et des policiers antiémeutes patrouillent dans ce que les Chinois appellent la Région autonome du Tibet. Aucun incident n'a été rapporté mardi, mais les agences de presse font état d'un climat tendu. Il est toutefois difficile d'obtenir un portrait exact de la situation, Pékin interdisant aux journalistes et aux touristes de se rendre au Tibet.
Après avoir occupé le Tibet, le gouvernement communiste chinois a mis en oeuvre une série de campagnes répressives et violentes comprenant des « réformes démocratiques », la lutte des classes, les communes, la Révolution culturelle, l'imposition de la loi martiale et plus récemment les campagnes de rééducation patriotique et de répression [en vue de l'anniversaire]. Cela a poussé les Tibétains dans de telles souffrances et difficultés qu'ils vivent littéralement l'enfer sur terre.
Le résultat immédiat de ces campagnes a été la mort de centaines de milliers de Tibétains. La lignée du Bouddha Dharma [l'ensemble des enseignements bouddhistes] a été brisée. Des milliers de centres religieux et culturels, comme des monastères, de couvents et de temples ont été rasés. Des édifices et des monuments historiques ont été démolis. Les ressources naturelles ont été exploitées sans discernement.
[...] Ces 50 années nous ont amené des souffrances indescriptibles et la destruction du territoire et du peuple tibétain. Encore aujourd'hui, les Tibétains du Tibet vivent constamment dans la peur et les autorités chinoises demeurent suspicieuses à leur égard. Aujourd'hui, la religion, la culture, la langue et l'identité que des générations successives de Tibétains ont considéré plus importantes que leur vie sont au bord de l'extinction; en bref, les Tibétains sont considérés comme des criminels méritant d'être mis à mort.
L'insistance chinoise pour que nous acceptions que le Tibet fait partie de la Chine depuis des temps anciens est non seulement inexacte mais aussi déraisonnable. Nous ne pouvons pas changer le passé, qu'il soit bon ou mauvais. Déformer l'histoire à des fins politiques est incorrect. [...] Nous, les Tibétains, voulons une autonomie légitime et significative, un arrangement qui permettrait aux Tibétains de vivre au sein de la République populaire de Chine. Répondre aux aspirations des Tibétains permettra à la Chine de parvenir à la stabilité et à l'unité.
Pékin craint que l'anniversaire du soulèvement de 1959 n'entraîne des manifestations dans la région. La révolte s'est soldée par la mort de dizaines de milliers de personnes et a poussé le dalaï-lama à s'exiler en Inde, où il vit toujours aujourd'hui, à l'instar de dizaines de milliers d'autres Tibétains.
Partout dans le monde, des milliers de Tibétains en exil ont manifesté ou manifesteront, mardi, en mémoire du soulèvement populaire de 1959, que Pékin a réprimé dans le sang. La plus importante a eu lieu à Dharamsala, après le discours du dalaï-lama. D'autres ont eu lieu au Népal, en Corée du Sud et en Australie. Au Canada, des rassemblements doivent notamment avoir lieu à Toronto et à Ottawa.
Le 50e anniversaire de cette rébellion contre l'occupation chinoise coïncide en outre avec le premier anniversaire du soulèvement de l'an dernier, survenu à quelques mois des Jeux olympiques. Selon le gouvernement tibétain en exil, cet épisode a fait plus de 200 morts et des milliers de Tibétains demeurent détenus depuis. Pékin dénombre pour sa part une vingtaine de morts.
Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Ma Zhaoxu, a qualifié les accusations du dalaï-lama de « mensonges ». Les réformes « démocratiques » implantées au Tibet par la Chine, a-t-il dit, « sont les plus importantes de l'histoire tibétaine ».
Selon Pékin, l'invasion du Tibet par l'Armée populaire de libération en 1950 a permis de mettre fin à l'esclavage imposé à une partie de la population par l'élite tibétaine. La fin de la rébellion, le 28 mars, sera d'ailleurs marquée par une journée dite « d'émancipation des serfs ».
Lundi, le président chinois Hu Jintao avait appelé les dirigeants du Parti communiste chinois au Tibet à lutter contre le séparatisme. « Nous devons édifier une grande muraille dans notre combat contre le séparatisme et sauvegarder l'unité de la Mère Patrie », a-t-il déclaré.
« Le Tibet doit mettre en oeuvre pleinement les tâches importantes du développement et de la stabilité et s'assurer que l'économie se développe rapidement et que la sécurité de l'État et de la société reste stable », a fait valoir M. Hu, qui a dirigé le Parti communiste au Tibet de 1988 à 1992.
Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Reuters
Le dalaï-lama mène une lutte pacifique pour la libération du peuple tibétain.
Tenzin Gyatso: 14e dalaï-lamaBiographie du chef spirituel et politique des Tibétains
Le Tibet sous haute surveillance chinoiseSemaine à haut risque avec le 50e anniversaire du soulèvement tibétain alors que la Chine annonce avoir déployé des troupes supplémentaires le long de sa frontière avec le Tibet.
Notrre chronique Sur le web
* Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes
Site officiel